Décrocher le poste de ses rêves à Toronto

L’un des premiers défis qu’il m’a fallu relever en arrivant au Canada était de décrocher un emploi. Je ne parle pas d’un boulot de subsistance, non. Je parle bien du premier poste dans mon domaine d’expertise et à un niveau de responsabilités proche de celui que j’assumais en France.

Pendant des mois, j’avais préparé mon entrée sur le marché du travail Canadien. J’avais identifié la traduction correcte de l’intitule de mon poste en anglais et en Francais Canadien, valorisé mes compétences transférables, listé les entreprises qui recrutent mon profil, étudié leurs offres d’emploi, traduit et adapté mon CV au format Lettre US, dynamisé mon profil LinkedIn, etc, etc… Tous les signaux semblaient au vert.

Ayant mené ces démarches depuis la France avant même d’avoir posé le premier pied sur le sol Canadien, j’étais plutôt confiant en débarquant a Toronto. Mais tout n’a pas été aussi facile que prévu. À mes premières candidatures, je ne recevais même pas de réponse. Impossible de décrocher un entretien, même quand mon parcours et mes compétences semblaient correspondre parfaitement aux attentes. Pour garder le rythme et le moral, j’ai travaillé mon réseau en continuant à postuler. Mes conversations avec des professionnels déjà installés ont renforcé mon optimisme. Je suis un expert dans un secteur en forte demande. Les employeurs devraient s’arracher mon CV… Il y avait vraisemblablement un détail qui m’échappait.

Cela ma pris un peu de temps pour trouver et comprendre la différence fondamentale et subtile qui m’avait échappée. C’est encore une fois OlympeK, la meilleure dénicheuse de tout l’hémisphère Nord qui a trouvé la réponse.

En France, la polyvalence est très valorisée. Plus quelqu’un est performant plus on va lui confier des projets et des missions diverses. Les personnes qui sont vues comme les meilleurs experts en France sont très souvent multi-compétents. Ce sont des gens qui savent tout sur tout et réussissent dans tous les contextes. En France, plus on est performant, plus le périmètre de responsabilité s’élargit.

Vous l’aurez compris, au Canada, c’est la spécialisation qui est valorisée. La polyvalence n’est pas associée à l’idée de performance. Pour caricaturer, je pourrais dire que les profils les plus recherchés au Canada sont les experts qui ont fait la même chose toute leur carrière. Par conséquent, il ne savent faire qu’une seule chose mais ils la font parfaitement. Voilà le profil qui rassurent les recruteurs.

Cela commence dès la présentation.

  • Au canada, on ne dit pas « je suis comptable à Auchan« 
  • Au Canada, on dit: « je suis comptable spécialisé dans la facturation des fournisseurs pour les grandes surfaces généralistes »

Et cela peut aller très loin dans le détail. Un comptable spécialiste de la facturation fournisseurs pour les grandes surfaces généralistes a peu de chances d’être embaucher pour un poste de comptable spécialisé dans la facturation des fournisseurs pour une librairie car il sera en concurrence avec des comptables qui ont fait toute leur carrière dans une librairie. Plus le périmètre de responsabilité est étroit, plus le niveau d’expertise supposée est élevé.

Cette divergence d’interprétation de la performance individuelle transparaissait fortement sur mon CV. La description de ma carrière, qui me semblait pourtant très cohérente et consistante, ne donnait pas de moi l’image d’un spécialiste performant. J’ai changé de fonction (au gré des mes promotions) sans jamais changer de métier et je n’ai eu que 2 employeurs en 20 ans de carrière. Pourtant, dans les standards Canadiens, mon parcours semblait erratique… Impressionnant mais pas vraiment rassurant.

Je savais maintenant quoi faire. Mais il ne suffit pas de savoir quoi faire, encore faut-il réussir à le faire. Pour refaire mon CV j’ai eu besoin d’aide. J’ai sollicité des contacts sympas de mon réseau.

J’ai donc reconstruit mon CV de zéro avec l’aide de quelques-uns des contacts que j’avais dans mon réseau canadien fraîchement construit. J’ai principalement bénéficié des conseils d’un recruteur indépendant et d’une pro qui a un parcours professionnel très proche du mien. Je les remercie d’ailleurs chaleureusement !

L’objectif était que mon CV présente mes expériences comme une suite d’expériences très similaires au poste que je vise. Oui, cela signifie qu’il faut refaire un CV pour chaque candidature. Plus mon CV me semblait ennuyeux, plus en réalité, il était percutant ! Même si tout ça me paraissait assez étrange, je devais faire confiance aux experts locaux. Et puis, de toutes façons, je n’avais pas grand chose à perdre. Après quelques journées de rédaction, et les relectures sans complaisance de mes mentors, mon CV me semblait tellement ennuyeux que j’avais du mal à le lire en entier. Ça devrait suffire…

Je l’ai publié sur quelques sites de recherche d’emploi (Monster.ca, Indeed.ca, LinkedIn, Neuvoo, etc) pour le tester et… mon téléphone s’est mis à sonner dès le lendemain. Je recevais plusieurs appels par jour. Des recruteurs qui « voulaient discuter » (en fait il cherche surtout à enrichir leur bases de données pour des opportunités futures). C’était très encourageant mais ces appels ne débouchent généralement sur rien de très concret. Le vrai test viendrait lorsque je candidaterais sur un poste de mon choix.

Et bien vous l’aurez deviné, ça a plutôt bien fonctionné. Mon nouveau CV a permis à plusieurs de mes nouvelles candidatures de franchir la première marche de l’escalier qui mène à l’emploi Canadien. J’ai été invité à mon premier entretien d’embauche. Youhouuu !!!

Il ne me restait plus désormais qu’à réussir à convaincre cet expert des Ressources Humaines spécialisés dans le recrutement de profil expérimenté en ingénierie informatique pour les sociétés éditrices de logiciels de gestion d’entreprise que j’étais le meilleur candidat pour le poste. Mais ça, c’est une autre histoire que je vous raconterai avec plaisir si OlympeK est d’accord.

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